Brûle-parfum et son support
Description
Bronze repoussé et doré, émail cloisonné, rivets en cuivre. ; Ce brûle-parfum monumental est constitué d’un vase et de son couvercle en émail cloisonné. La sellette tripode en bois vernis évoque des nuages et correspond aux dimensions de la pièce. Le vase repose sur trois pieds présentant une bosse en partie supérieure et se terminant par des volutes dorées. Ils évoquent trois têtes d’éléphants pourvus de défense et à la trompe enroulée. Leur tête est surmontée par un médaillon doré évoquant un harnachement décoratif avec pendeloques colorées. L’arrière-plan cloisonné évoque un motif tapissant de perlages sur fond turquoise, une typologie fréquente sur les cuivres cloisonnés des XVIIe-XVIIIe siècles. Sur la panse, des chevaux célestes, et des chimères volent au-dessus d’une mer hérissée de rochers, sur fond de vagues et de nuages. Des appliqués repoussés et émaillés formant volutes et arabesques ont été rajoutés au niveau des jonctions entre la panse et les pieds, ajoutant à la complexité de l’objet. La large bordure du vase a été fixée à l’aide d’éléments en cuivre visibles en dessous. Cette bordure de cuivre cloisonnée présente des rinceaux de lotus sur sa partie inférieure et des dragons entrelacés sur fond turquoise sur sa partie supérieure visible. Des arabesques émergent du corps et des pattes des dragons représentés en bleu foncé. Les griffes visibles sur chaque patte sont au nombre de deux. Le décor est ponctué de médaillons avec deux dragons similaires affrontés sur fond vert. La bordure du couvercle présente les mêmes dragons bleu foncé de profil sur fond turquoise alternant avec des rinceaux floraux. La partie supérieure ajourée en bronze dorée est constituée d’un maillage d’entrelacs dorés avec des arêtes décoratives en forme de corps de dragons en ronde-bosse. Les fumées parfumées devaient s’échapper des ajours. Au sommet, on observe une frise de rinceaux floraux en émail cloisonné et un bouton de préhension évoquant une flamme. Le bouton de préhension est constitué d’ajours en forme de nuages qui rappellent la silhouette du champignon lingzhi, symbole d’immortalité dans le taoïsme. ; La monumentalité de la pièce, la richesse des matériaux, la finesse des cloisonnés et l’accumulation de motifs auspicieux et nobles de la mythologie chinoise affirment son caractère exceptionnel. Il s’agit sûrement d’une production officielle destinée à la cour. Les émaux cloisonnés (qiasi falang) sont mentionnés pour la première fois dans les sources chinoises sous la dynastie Yuan (1279-1368). Ils étaient certainement réalisés par des artisans byzantins ou du Moyen-Orient installés au sud de la Chine. Le procédé consiste à réaliser en premier lieu une forme en alliage cuivreux et cuivre sur laquelle l’artisan trace à l’encre les contours des motifs. Puis de fins rubans de cuivre sont placés en suivant le contour du décor à l’aide d’une pince et de colle à base de racine d’orchidée. On obtient ainsi un réseau de cloisons qui est par la suite rempli par différents types d’émaux de couleurs. La poudre d’émail elle-même est une pâte siliceuse colorée à l’aide de divers oxydes métalliques. L’ensemble passe au four à petit feu, c’est-à-dire cuit à basse température entre 680°C et 720°C, pour ne pas faire fondre les cloisons et brûler les émaux. L’opération doit être répétée plusieurs fois car les émaux réduisent et il faut ajouter de la matière pour compléter le motif. Une fois refroidie, la pièce est poncée soigneusement à l’aide de pierres rugueuses et de charbon pour permettre aux cloisons de fusionner avec l’émail. La surface devient ainsi douce et luisante. La dernière étape consiste à dorer l’épaisseur des cloisons restés visibles entre les émaux, mais aussi les pieds, les anses et le rebord. Les Chinois considèrent que la technique des émaux cloisonnés atteint son apogée au sous la dynastie Ming (1368-1644), notamment sous les règnes des empereurs Xuande (1425-1435) et Jingtai (1449-1457). Néanmoins, il connaît un nouvel essor sous la dynastie Qing (1644-1912) aux XVIIe et XVIIIe siècles, comme en témoigne les exemples conservés à la Cité Interdite, au Musée des Arts décoratifs de Paris, au Musée national du Palais de Taipei, à l’Asian Art Museum de San Francisco et la collection ramenée de Pékin par le général de Beylié au musée des Beaux-Arts de Grenoble. La pièce du musée Bertrand est un dépôt du département de l’Indre, qui en a hérité du vicomte Gabriel de Fontarce, connu pour ses actions diplomatiques au service de la France. Il proviendrait du sac du Palais d’été, pillé et brûlé par un corps expéditionnaire composé de soldats français et britanniques le 18 octobre 1860. La plupart des collections françaises issues de ce pillage se trouvent actuellement au musée chinois de l’impératrice Eugénie au château de Fontainebleau. A ce jour, je n’ai pas trouvé de brûle-parfum exactement similaire à celui-ci, que ce soit dans la collection du château de Fontainebleau, à la Cité Interdite de Pékin ou au Musée des Arts décoratifs de Paris. Toutefois, les comparaisons stylistiques semblent indiquer que l’objet est plus ancien que ne le mentionne le cartel exposé. La manière de représenter les fleurs et particulièrement le style du décor montrant des chimères et des chevaux dans les vagues correspond à plusieurs pièces du règne de Kangxi (1662-1722). Les ajours formés par des corps de chilongs un peu carrés semblent correspondre également à ce style. Je n’ai pas encore trouvé en revanche de dragons chilong similaires à ceux présents sur l’aile et sur le couvercle du brûle-parfum. Les petites appliques sur les ajours du couvercle et en partie basse de la panse du vase semblent postérieures, comme me l’a suggéré Madame Valérie Levesque, antiquaire et experte en arts asiatiques. L’utilisation de l’émail rose sur ces parties pourrait appuyer cette théorie. Concernant la provenance de cet objet, il y a fort à parier qu’il provienne en effet du sac du Palais d’Été, bien que cette information soit à vérifier. A moins qu’il ne s’agisse d’un cadeau diplomatique, comment un objet de cette qualité d’exécution aurait-il pu parvenir en France autrement ? On ne sait pas si le vicomte Gabriel de Fontarce s’était rendu en Chine. Il aurait pu être mis en vente sur le marché de l’art après avoir été ramené en France et acheté par celui-ci. Une enquête approfondie et prometteuse reste à faire sur les conditions d’arrivée de ce brûle-parfum dans les collections du musée Bertrand.
À propos de cette œuvre
L'œuvre intitulée « Brûle-parfum et son support », attribuée à anonyme, est conservée au musée Bertrand. Référencée dans la base Joconde, cette œuvre participe au patrimoine artistique national conservé dans les musées labellisés.
Technique et matériaux
Cette œuvre relève du domaine : ameublement, vie domestique, Asie orientale. Elle a été réalisée avec les matériaux et techniques suivants : bronze, bois, cuivre, émail, repoussé, cloisonné, doré. Sa période de création est identifiée comme : 17e siècle;18e siècle.
Le musée conservateur
Le musée Bertrand conserve cette œuvre dans ses collections. En tant que musée labellisé « Musée de France », l'établissement s'engage à préserver et à mettre en valeur les pièces qui lui sont confiées.
Sources des données
Les informations relatives à cette œuvre proviennent de la base Joconde du ministère de la Culture, diffusée sur data.culture.gouv.fr sous Licence Ouverte v2.0 (Etalab).
À propos de cette œuvre
anonyme a réalisé Brûle-parfum et son support, actuellement au musée Bertrand. bronze, bois, cuivre, émail, repoussé, cloisonné, doré est le procédé utilisé pour cette oeuvre. Dimensions : Hauteur en cm 141 ; Diamètre en cm 96. Sa période de création est la 17e siècle;18e siècle.
Contexte de création
Comment le contexte de la 17e siècle;18e siècle a-t-il influencé la création de Brûle-parfum et son support ? anonyme travaille à cette époque dans un climat de renouveau qui irrigue sa pratique et oriente ses choix formels. Le musée Bertrand offre au visiteur l'occasion de saisir cette dimension contextuelle essentielle à la compréhension de l'œuvre.
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Questions fréquentes
Tout ce que vous devez savoir
L'œuvre « Brûle-parfum et son support » est conservée au musée Bertrand, un établissement portant le label « Musée de France ». Ce label garantit la qualité de conservation des collections et leur accessibilité au public.
Cette œuvre est attribuée à anonyme d'après la base Joconde du ministère de la Culture. Consultez la fiche de l'artiste sur DellArte pour découvrir son parcours, ses autres œuvres et les musées qui conservent ses créations.
Les données proviennent de la base Joconde du ministère de la Culture (data.culture.gouv.fr), diffusées sous Licence Ouverte v2.0 (Etalab). Les notices sont renseignées par les musées conservateurs et validées par le Service des musées de France.
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